Résumé de thèse
Le design, en tant que pratique de projet, vise à améliorer la manière dont nous habitons le monde, mais il reste encore mal compris, ce qui conduit souvent à une simplification de ses implications et de ses enjeux. Souvent associée à une pratique artistique et régulièrement exposé comme tel, la frontière entre design et art demeure floue. Cette confusion engendre des difficultés pour le design, qui souffre alors d’un manque de compréhension réelle, ce qui peut l’empêcher de mener à bien sa visée principale d’amélioration des conditions de vie. En effet, bien qu’il propose des solutions à des problèmes contemporains et futurs, en captant les tendances socioculturelles sous-jacentes, le design se heurte régulièrement à une incompréhension et à une méconnaissance, ce qui limite et réduit son véritable rôle.
En nous basant sur une tentative de théorisation critique du design, nous pouvons noter deux problèmes qui lui sont inhérents. Premièrement, il tend à se diluer dans une multitude de domaines, d’objets, qui ne répondent plus à des enjeux réels, mais à des besoins artificiels, exacerbés par la surconsommation, et perpétuant un cycle où la création de valeur se détache de l’utilité réelle. Deuxièmement, une méfiance persiste face à la théorisation du design, perçue par certains praticiens comme un processus risquant de figer une pratique créative et dynamique. Il en ressort que cette appréhension repose sur deux sources de tension : d'un côté, les designers qui éprouvent une certaine réticence face à l'univers de la recherche, et de l'autre, la recherche qui semble avoir du mal à appréhender une pratique à la fois créative et réflexive.
Dans ce contexte, une question se pose : peut-on, par le biais de traductions sensibles, tenter de traduire les principaux concepts de la théorie critique du design, et en ce sens, contribuer à une éducation au design auprès d’un public plus large que celui des initiés ? En cherchant à traduire des concepts issus de la théorie critique du design, comme la réification, l’aliénation et la résonance, l’objectif sera de traduire sensiblement ces concepts. En s’appuyant sur des formes littéraires variées, ces traductions viseraient à restituer la richesse conceptuelle du design et sa complexité tout en le rendant accessible à un public plus large et en préservant sa qualité de pratique.
Design, as a project-based practice, aims to improve the way we inhabit the world, yet it remains poorly understood, often leading to a simplification of its implications and challenges. Frequently associated with an artistic practice and regularly exhibited as such, the boundary between design and art remains blurred. This confusion creates difficulties for design, which then suffers from a lack of genuine understanding—an issue that can hinder its primary purpose of improving living conditions. Indeed, although design offers solutions to contemporary and future problems by capturing underlying sociocultural trends, it continually confronts misunderstanding and unfamiliarity, which limit and diminish its true role.
Drawing on an attempt to develop a critical theory of design, two inherent issues can be identified. First, design tends to become diluted across a multitude of domains and objects that no longer address real issues but rather artificial needs, exacerbated by overconsumption, thereby perpetuating a cycle in which value creation becomes detached from real usefulness. Second, a lingering distrust surrounds the theorization of design, viewed by some practitioners as a process that risks ossifying a practice that is inherently creative and dynamic. This apprehension arises from two sources of tension: on the one hand, designers who feel a certain reluctance toward the world of research, and on the other, research itself, which seems to struggle to grasp a practice that is both creative and reflective.
In this context, a central question emerges: through sensitive translations, is it possible to translate the key concepts of critical design theory and thus contribute to a form of design education aimed at a wider audience than that of specialists? By attempting to translate concepts drawn from critical design theory—such as reification, alienation, and resonance—the goal is to translate these notions sensitively. Relying on a range of literary forms, these translations would aim to convey the conceptual richness and complexity of design while making it accessible to a broader public, without compromising its integrity as a practice.
Direction de thèse
- Catherine Chomarat-Ruiz, Professeure des universités, Institut ACTE (Arts, Créations, Théories, Esthétique), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne