Résumé de thèse
Le déploiement de politiques publiques en faveur de l’inclusion sociale et pédagogique depuis une vingtaine d’années, en France (lois de 2005 et 2013) et à l’international (Convention de l’ONU en 2006), est habituellement souligné comme un changement de paradigme positif concernant les droits en matière de justice sociale pour le handicap. Le consensus autour de la notion d’inclusion interroge cependant les enjeux politiques et les systèmes socio-économiques que sous-tendent les différentes sphères où sont tenus les discours et les actions en sa faveur (institutionnelle, académique, associative, privée). Cette disparité contextuelle montre que la conceptualisation de l’inclusion appliquée au domaine des affaires humaines dessine des idéaux sociétaux divergents, ainsi que des façons d’appréhender les expériences des personnes handicapées. À cet égard, les travaux en design et leur historicité occidentale sont significatifs de la façon dont les enjeux en termes d’inclusion se problématisent et se traduisent au sein des pratiques de conception des corps (psychique et physique) handicapés. Ce constat questionne les modalités d’inclusion en tant qu’instruments de pouvoir et de normalisation et la manière dont le design s’incarne dans ces processus de contrôle comme support ou transformateur.
Inscrite dans le cadre d’un programme national pour l’inclusion des étudiants et étudiantes autistes à l’université (programme NCU « Aspie-Friendly, construire une université inclusive »), cette thèse en design étudie les enjeux socioculturels et politiques d’un design dit pour l’inclusion et la manière dont la mise en place des cadres de conception met les personnes en situation de handicap, et plus spécifiquement les personnes autistes, à l’épreuve de la « normalité ». Depuis notre expérience en tant que designer graphique intégrée au sein d’un programme de recherche participatif (Aspie-Friendly), nous proposons de rendre compte des interrelations existantes entre la considération de l’individualisation des personnes autistes, celle de leur participation au sein d’un projet de conception, et celle de la figure du designer, appelé pour résoudre des problématiques sociales en contexte pédagogique. Selon l’analyse critique du concept d’inclusion et par une première étude de terrain liée à un hackathon « Aspie-Friendly », nous proposons de dépasser l’approche « solutionniste » du design tout en soulignant des angles morts « validistes » persistants. À cet égard, notre argumentaire est soutenu par des apports théoriques en feminist et critical disability studies afin de reconsidérer les pratiques participatives en design comme « problématisantes » et « dialogiques » telles qu’elles sont envisagées en pédagogie critique freirienne. C’est selon cette perspective que nous avons développé le projet de design participatif « Je suis autiste et… » avec des étudiantes et des étudiants autistes de l’association La Bulle !. Cette initiative apporte des perspectives de méthodologies participatives au sein de projets liés aux thématiques de vies lésées par la culture dominante, en privilégiant une praxis solidaire en design, et en passant d’un design pour l’inclusion à un design pour la pluralité.
The deployment of public policies in favor of social and educational inclusion over the last twenty years, in France (2005 and 2013 laws) and internationally (UN Convention in 2006), is usually highlighted as a positive paradigm shift regarding social justice rights for disability. However, the consensus around the definition of inclusion questions the political stakes and the socio-economic systems underlying the different spheres where discourses and actions in its favor are held (institutional, academic, associative, private). This contextual disparity shows that the conceptualization of inclusion applied to the field of human affairs draws divergent societal ideals, as well as ways of understanding the experiences of people with disabilities. In this regard, work in design and its Western historicity is significant in how issues of inclusion are problematized and translated into design practices for bodies (psychological and physical) with disabilities. This observation questions the modalities of inclusion as an instrument of power and normalization and how design is embodied in these processes of control as a support or transformer.
As part of a national program for the inclusion of students with autism at the university (NCU program «Aspie-Friendly, building an inclusive university»), this thesis in design, studies the socio-cultural and political stakes of a design said to be for inclusion and the way in which the implementation of design frameworks puts people with disabilities, and more specifically people with autism, to the test of «normality». From our experience as a graphic designer integrated within a participatory research program (Aspie-Friendly), we propose to account for the existing interrelations between the consideration of the individualization of people with autism, that of their participation within a design project, and that of the figure of the designer, called to solve social problems in a pedagogical context. According to the critical analysis of the concept of inclusion and through a first field study linked to an «Aspie-Friendly» hackathon, we propose to go beyond the «solutionist» approach of design while underlining the persistent «ableism» blind spots. In this respect, our argument is supported by theoretical contributions in feminist and critical disability studies in order to reconsider participatory design practices as «problematizing» and «dialogic» as they are envisaged in Freirean critical pedagogy. It is from this perspective that we developed the participatory design project «I am autistic and…» with autistic students from the association La Bulle ! This initiative brings perspectives of participative methodologies within projects linked to the themes of lives damaged by the dominant culture, privileging a solidary praxis in design, and moving from a design for inclusion to a design for plurality.
Direction de thèse
- Michela Deni, Université de Nîmes, PROJEKT
- Anthony Masure, la HEAD-Genève
Biographie
Soutenance de thèse
Composition du jury
- Anne Bationo-Tillon, Professeure ordinaire, Haute École Pédagogique Vaud (HEP Vaud, HES-SO) (rapporteure)
- Antonella Tufano, Professeure, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (rapporteure)
- Ruedi Baur, Designer-chercheur, École nationale supérieure des Arts Décoratifs (examinateur)
- Marion Coville, Maîtresse de conférences, Université de Poitiers (examinatrice)
- Marianne Guarino-Huet, Professeure associée, Haute école d’art et de design de Genève (HEAD – Genève, HES-SO) (examinatrice)
- Saul Pandelakis, Maître de conférences, Université Toulouse – Jean Jaurès (examinateur)
- Michela Deni, Professeure des universités, Université de Nîmes, PROJEKT (directrice)
- Anthony Masure, Professeur associé et responsable de la recherche, la HEAD-Genève (co-directeur)