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Valentin Aubois-Liogier

Secrétaire

Accepter le changement ? Approche par le projet de la perception des acteurs dans leurs relations aux dispositifs de recyclage agricole de l’urine humaine

Embracing Change ? Project-Based Approach of Users’ and Stakeholders’ Perceptions in Relation with Agricultural Human Urine Recycling Systems

  • Inscription en thèse en 2021
  • Section CNU 24 Aménagement de l'espace, urbanisme
  • Laboratoire(s) Université de Tours, CITERES

Résumé de thèse

Le recyclage agricole de l’urine humaine répond à des défis socioécologiques contemporains, tels que la pollution des écosystèmes, la consommation d’énergie et l’épuisement de ressources fossiles. En effet, cette valorisation de l’urine permet de sortir du système sociotechnique centralisé du tout-à-l’égout, en bouclant les nutriments récupérés pour la production agricole, créant un système circulaire. Toutefois, la conception, la mise en œuvre et la pérennité de dispositifs adaptés soulèvent des questions dans leur relation avec les acteurs concernés. Dans la diversité des objets techniques utilisables pour collecter l’urine en vue de son recyclage, les perceptions et représentations en jeu dans les relations (les dimensions sensibles) sont multiples, mais n’ont pas été éclairées plus avant. La notion d’acceptabilité sociale est alors identifiée et définie comme opérationnelle pour étudier les dynamiques relationnelles entre les acteurs et le projet ou les objets techniques appropriés. Dès lors, la question est de savoir quelles sont les perceptions en jeu dans ces dynamiques relationnelles des acteurs à un dispositif de collecte de l’urine humaine en vue de son recyclage agricole.

Cette thèse en Design et Aménagement étudie ces nouvelles relations en les replaçant dans l’histoire socioculturelle et sociosensible associée à la toilette à chasse d’eau, pour comprendre les points de continuité et de rupture. L’objet technique de collecte de l’urine sert de point d’entrée et d’articulation aux enjeux interreliés. Plus précisément, c’est avec la conception, développement et mise en œuvre d’un projet de design mené pour cette recherche, que les perceptions et représentations des acteurs sont étudiées, afin de comprendre leur rôle dans la dynamique relationnelle générale d’acceptation. La recherche-projet Urocyclus articule d’autres méthodes (différentes formes d’observation et entretien) pour collecter a priori et a posteriori l’expérience de ces relations. Le projet a été développé pour et au sein de l’ENS Paris-Saclay, sur le territoire du plateau de Saclay. Ce dernier est analysé concernant sa dynamique particulière autour du sujet du recyclage de l’urine par observation directe et entretiens. Le dispositif de collecte Urocyclus a été expérimenté, finalement, en situation à l’Université de Tours. Des enquêtes complémentaires ont été ensuite menées pour approfondir les dimensions sensibles liées au projet, notamment par des ateliers de flairage. D’autres études appuient les analyses et des travaux artistiques (recherche-création) complètent les réflexions.

Ce travail de recherche démontre, entre autres, que les projets actuels amènent un faible changement socioculturel et sociosensible dans la relation au dispositif de collecte, alors que le mouvement de l’assainissement écologique proposait une nette rupture du triple ordre établi (sociotechnique, socioculturel et sociosensible). Il apparaît par l’analyse du continuum des usages que cette tiédeur découle de la continuité maximisée des pratiques passées, invitant, en contrepoint, à une stratégie de rupture assumée. Dans le cas du dispositif Urocyclus, plutôt en rupture d’usage, les dynamiques relationnelles d’acceptabilité sont majoritairement positives et graduelles. Cela malgré des résistances non négligeables au changement, liées aux représentations profondément ancrées autour de l’urine et des toilettes, à la gêne collective et individuelle autour des excreta, et à l’inertie des institutions. Ce sont les valeurs et représentations qui s’affirment comme les facteurs les plus déterminants dans ces relations. Les dimensions sensibles sont alors démontrées comme importantes. Au-delà du recyclage de l’urine, la méthode de recherche-projet éprouvée est analysée dans ses limites et ses forces. C’est, enfin, dans l’approche sensible du recyclage, articulée aux choix de design révisant la notion de confort, que se dessine une voie porteuse de profonds changements socioécologiques.

The agricultural recycling of human urine addresses contemporary socioecological challenges, such as ecosystem pollution, energy consumption, and the depletion of fossil resources. Indeed, the valorization of urine offers a way out of the centralized sociotechnical system of wastewater drainage, by closing nutrient loops for agricultural production and creating a circular system. However, the design, implementation, and sustainability of appropriate devices raise questions regarding their relationship with the users and stakeholders involved. Among the diversity of technical objects that can be used to collect urine for recycling purposes, the perceptions and representations at play in these relationships (i.e. their affective dimensions) are diverse, yet have not been further explored. The notion of social acceptability is therefore identified and defined as an operational framework for studying the relational dynamics between stakeholders and the project or the relevant technical objects. This gives rise to the question of which perceptions are at play in the relational dynamics of stakeholders towards a device designed to collect human urine for agricultural recycling.

This research in Design and Urban Planning examines these new relationships by situating them within the sociocultural and sociosensory history associated with the flush toilet, in order to understand their points of continuity and rupture. The technical object of urine collection serves as both an entry point and an articulating axis for the interrelated issues at stake. It is more specifically through the design, development, and implementation of a design project conducted for this research that the perceptions and representations of stakeholders are studied. The aim is to understand their role in the overall relational dynamic of acceptance. The Research Through Design (RTD) project Urocyclus articulates other research methods (various forms of observation and interview) to carry fieldwork on the experience of these relationships, both a priori and a posteriori. Urocyclus was developed for and within the ENS Paris-Saclay, on the territory of the Plateau de Saclay. The particular dynamics of this territory in relation to urine recycling were analysed through direct observation and interviews. The Urocyclus collection device was ultimately experimented in actu at the University of Tours. Further investigations were subsequently conducted to deepen the sensory dimensions associated with the project, notably through olfactory workshops. Additional studies and artistic works (research-creation) also nourish the arguments and reflections throughout the research.

This research demonstrates, among other things, that current projects engage limited sociocultural and sociosensory change in the relationship to the collection device, whereas the ecological sanitation movement proposed a clear rupture of the established triple order (sociotechnical, sociocultural and sociosensory). By analysing the continuum of uses, it appears that this stems from a maximized continuity of past practices. In counterpoint, it invites to a strategy of deliberate rupture. In the case of the Urocyclus device, challenging established uses, the relational dynamics of acceptability are predominantly positive and gradual. This is so despite considerable resistance to change, rooted in deep representations surrounding urine and toilets, as well as collective and individual unease around excreta, and institutional inertia. Values and representations thus emerge as the most determining factors in these relationships, and the sensory dimensions are shown as significant factors. Beyond urine recycling, the RTD method itself is assessed in its limitations and strengths. It is, finally, through the sensory approach to recycling, intertwined with design choices that revise the notion of comfort, that a path emerges carrying the potential for profound socioecological change.

Direction de thèse

  • Denis Martouzet, CITERES/DATE
  • Suzel Balez, AAU/CRESSON

Biographie

Valentin Aubois-Liogier est artiste et chercheur·e à Paris. Depuis 2021, Valentin poursuit un doctorat en Design et Aménagement urbain au laboratoire CITERES (UMR 7324) et enseigne dans ces domaines (agrégé·e d’arts appliqués). Son travail explore les transformations socioécologiques et sociosensibles dans les espaces domestiques et urbains. Sa recherche doctorale par la pratique vise à comprendre les perceptions et représentations des acteurs de systèmes de recyclage de l’urine humaine, en particulier celui conçu pour le projet Urocyclus. Sa pratique mélange écriture, performance, danse et installation.
Valentin Aubois-Liogier is an artist and researcher in Paris. Since 2021, Valentin has been pursuing a PhD in Design and Urban Planning at the CITERES laboratory (UMR 7324) and teaches in these fields (agrégé·e d’arts appliqués). Their work explores socio-ecological and socio-sensory transformations in domestic and urban spaces. His practice-based doctoral research aims to understand the perceptions and representations at stake for stakeholders in human urine recycling systems, particularly the one designed for the Urocyclus project. His practice blends writing, performance, dance, and installation.