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Pauline Gourlet

Montrer le faire, construire l’agir : une approche développementale de la conception mise en œuvre à l’école primaire

Ways of showing : a developmental approach to design and its application in elementary schools

  • Inscription en thèse en 2014 Thèse soutenue en 2018
  • Section CNU 16 Psychologie, Ergonomie
  • Laboratoire(s) Laboratoire Paragraphe, Paris 8

Résumé de thèse

- Pourquoi vous aimez faire des vidéos ?
- Bah parce que… on me voit et ça fait du bien de voir les gens !
- Moi, c’est parce que… moi j’ai envie d’être une star de cinéma.

Depuis quelques semaines dans cette classe de CP, l’enseignant cherche avec ses élèves comment son téléphone portable peut médiatiser efficacement l’apprentissage de l’écriture. Nous le rencontrons en novembre 2015 et introduisons dans la classe un artefact numérique qui vise à instrumenter les activités de production de contenus numériques des élèves.
Cette thèse interroge la conception et l’évaluation d’artefacts numériques, et contribue à répondre à la question suivante : comment concevoir pour contribuer au développement des activités scolaires de manière durable ? Et comment les artefacts numériques participent-ils de ce développement ? Nous dessinons une approche développementale de la conception, qui propose de déplacer l’objet de la conception des artefacts aux formes de l’agir collectif ; approche que nous mettons en œuvre à travers une recherche action longitudinale ancrée en ergonomie dans la classe de CP d’une école publique. Nous proposons son pendant méthodologique, qui entend transformer autant que comprendre : une démarche de « recherche par versions », construite à partir des démarches participatives en design d’interaction et de la théorie socio-culturelle de l’activité, qui met en avant la dimension développementale et sociale de l’agir. Notre étude a pour objet l’interrelation du développement des artefacts numériques et des personnes au sein de la classe de CP. Nous nous appuyons sur les concepts issus de l’approche instrumentale, qui permettent d’étudier les transformations des activités des personnes dans la classe, en considérant l’histoire socialement distribuée de la création de leurs instruments. Nous concluons sur l’intérêt de considérer la conception d’artefacts comme un processus continu, situé et distribué.

- Why do you like making videos?
- Mmmh, because… I can be seen, and it feels good to see people.
- Me, it is because I would like to be a movie star.

In a first graders classroom, a teacher and his pupils experiment the use of a smartphone to efficiently enhance the way pupils learn to write. I meet with him in November 2015 and I introduce a digital system in the classroom, aiming at mediating pupils’ production of digital content. This dissertation focuses on the design and evaluation of digital tools and addresses the following issue: how to design in order to develop educational activities in a sustainable way? And what roles do the artifacts play in this development?I propose a developmental approach to design, that envisions a change of object: instead of focusing on artifacts, I suggest that designing in a developmental perspective is concerns by the configurations of new forms of collective action. In this study, I apply this perspective in an elementary classroom in a public school in Paris. Aligned with this approach to design, I draw a methodology that helps me transform as much as study situated ways of acting. This methodology, closely related to action research, borrows from Participatory Design practices and values combined with a Cultural-Historical Activity Theory framework (CHAT). This study investigates the developmental processes of both artifacts and people in this first graders classroom, by tracking how artifacts are used and redesigned through the classroom’s practices, as much as they transform them. I conclude by discussing the benefit of adopting such a design approach, considering design as a situated, continuous and distributed process.

Direction de thèse

  • Françoise Decortis, Laboratoire Paragraphe, Paris 8

Biographie

Pauline partage son temps entre ses activités de designer, de chercheure et d’enseignante, en France et aux États-Unis. Elle a fondé et travaille au sein du le collectif de designers l’Atelier de Chercheurs, et enseigne régulièrement le design et les méthodologies de recherche.

Elle s'intéresse aux formes d’organisation émergentes au sein de collectifs qui cherchent à expérimenter de nouvelles modalités de gouvernance et/ou d’actions collectives. Son travail touche à la conception d'outils et de techniques de documentation et de (re)médiation en prêtant particulièrement attention à leurs effets sur la participation, l'organisation des actions collectives et les processus de prises de décision.

Les questions méthodologiques et les enjeux de représentation sont deux dimensions au cœur de ses travaux. Elle a initié cette pratique qui hybride design et recherche action pendant son doctorat—qui portait sur les histoires situées d’appropriation de dispositifs numériques dans des classes d'écoles primaires (en analysant notamment les processus de co-constitution entre les artefacts, les personnes et les activités collectives)— pratique qu'elle poursuit aujourd'hui au sein de diverses communautés.

Pauline a récemment travaillé aux Nations Unies à NYC, après avoir obtenu un doctorat en ergonomie en 2018 à l'Université Paris 8, en partenariat avec l'Ensadlab et The New School (où elle était enseignante et chercheuse invitée de 2017 à 2018). Elle est également diplômée des Arts Décoratifs de Paris (2013).

I split my time between New York and Paris, working as a design consultant, researcher and teacher. Since 2010, I collaborated with various clients and partners, such as The New School, The United Nations, La Gaïté Lyrique, l’Éducation Nationale, le Studio Théâtre Vitry, la Cité des Sciences, le musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux, la Cité du Design de Saint-Étienne, le FacLab, la Réunion des Musées Nationaux, le Centre de Recherche Interdisciplinaire (CRI), le CNES, le conseil départemental de l'Isère, among many others. In 2013, I co-founded an interaction design collective l'Atelier des chercheurs with Louis Eveillard and Sarah Garcin. Together, we develop software and tangible tools with a situated and participatory approach, involving our partners in transformative design processes.

In 2018, I completed a doctoral research (Ph.D) in psychology (ergonomics) and design at the Université Paris-VIII (Laboratoire Pragraphe) in collaboration with The New School (NY) and Ensadlab. Through this doctoral research, I developed an approach to design called developmental, that posits design as a situated, continuous, collective and historical activity. I first formed this approach through the design of digital media-making tools for learning. While designing these tools in schooling situations with teachers and pupils, I investigated how we could foster change within this public institution and help shape new forms of collective activities. Since this first experience, I continue to refine this developmental approach in other organizations. An important part of my research focuses on prototypes and experiments with reflective tools, such as data collection tools and visualization interfaces, mainly in relation to creative processes, as I am interested in the relations and feedback loops between acting, reflecting & telling.

Soutenance de thèse

14 juin 2018 – Paris 8

Composition du jury

  • Sophie Pène (rapporteur)
  • Yannick Lémonie, Cnam
  • Nicolas Nova, HEAD-Genève
  • Stéphanie Mathieu
  • Luc Trouche, Ecole Normale SupŽrieure de Lyon (rapporteur)